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Morts Covid en Migration (MoCoMi)

Le projet MoCoMi propose d’analyser les manières de gérer les morts du COVID en migra­tion en France, les représen­ta­tions asso­ciées, et les agence­ments des pratiques funéraires culturelles et cultuelles bous­culées par l’urgence médi­cale et la poli­tique sani­taire. Les personnes migrantes ont été touchées par une mortalité brutale et excep­tion­nelle, et d’autant plus dans certains espaces comme l’Est. L’hétérogénéité de cette popu­la­tion amène ainsi à inter­roger ce qu’est la « bonne mort », pour l’individu et le groupe concerné. De la même manière, les représen­ta­tions des corps en migra­tion sont aussi renou­velées. En effet, cette mort-là n’est pas propre au fait de migrer, pour­tant marqué par ses nombreux décès quoti­diens. Bien qu’inédite, la manière dont les indi­vidus migrants sont atteints reste, au moins en partie, singulière par leur expéri­ence migra­toire. En artic­u­lant soci­ologie, anthro­pologie et psychologie, des enquêtes seront réal­isées auprès d’eux, pour recueillir leurs vécus, sur les fron­tières anglaises, alle­mandes et ital­i­ennes, mais aussi en Seine-Saint-Denis.

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Galeries d’images

Crédit photo : Anas­tasia Chauchard

Journée de terrain au cimetière musulman de Bobigny, 31 mai 2021

Historique­ment, c’est à Bobigny que se trouve le seul cimetière musulman de France. Il a été créé en 1937, quelques années après l’ou­ver­ture de l’hôpital franco-musulman Avicenne avec qui il partage une histoire colo­niale commune. Il appar­tient toujours à l’AP-HP mais est géré, depuis 1996, par l’in­ter­com­mu­nalité. Il a ainsi pris le statut de « carré musulman » du cimetière inter­com­munal d’Aubervil­liers, Bobigny, Drancy et La Courneuve. Ce qui fait du cimetière munic­ipal musulman de Stras­bourg, l’unique cimetière et non carré musulman, depuis son ouver­ture en 2012 permise par le droit local qui s’ap­plique en Alsace-Moselle.

Sauf excep­tion, il faut avoir un parent enterré dans le cimetière pour y être aussi. Il renferme à lui seul toute une part de l’his­toire de l’im­mi­gra­tion et de son ancrage dans le terri­toire, de son rôle dans la construc­tion de la société française. Il montre aussi toute la diver­sité du monde musulman et les formes de syncrétisme produites par le temps qui passe et l’in­ter­cul­tur­alité qui en résulte.

Marie-Caro­line Saglio-Yatz­imirsky, Nada Afiouni et Linda Haapa­järvi s’y sont rendues pour tenter de saisir les enjeux qu’il représente pour les différentes généra­tions issues de l’im­mi­gra­tion dans le cadre de la pandémie de covid-19 qui héri­tent trop souvent, malgré le temps, de l’altérité que leur renvoie leur pays d’origine, la France.

Ces obser­va­tions ont donné lieu à une rencontre très riche et qui confirme l’im­por­tance de ce lieu pour les vivants.

Source : D’ADLER Marie-Ange, « Le cimetière musulman de Bobigny (1937−2007) », Lieux uniques de la mémoire et de l’his­toire de l’im­mi­gra­tion en France (2), Patri­moine de Seine-Saint-Denis, n° 24, 2007

Crédit photo : Anas­tasia Chauchard

Journée de terrain par Linda Haapa­järvi et Anas­tasia Chauchard à l’église Saint-Yves de La Courneuve, 17 juin 2021

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Crédit photo : Jean-Luc Nail 

Journée de terrain de Nada Afiouni dans les carrés musul­mans des cimetières havrais Sainte-Marie et paysager de Bléville, janvier 2021 

Au sein de ces carrés confes­sion­nels, on peut observer, comme dans le cimetière musulman de Bobigny, la pluralité du monde musulman selon les généra­tions, et les appar­te­nances culturelles et aux différentes branches de l’islam.

Sur certaines photogra­phies, on peut voir les croix chré­ti­ennes qui semblent s’im­poser face aux tombes musul­manes en les masquant presque. Cette image semble alors para­doxale. En effet, comme tient à le souligner Nada Afiouni, une des raisons pour lesquelles les musul­mans de France ont de grandes diffi­cultés à trouver des lieux d’in­hu­ma­tion respectueux de leurs appar­te­nances culturelles et cultuelles est liée au principe de laïcité à la française qui préside le mode gestion munic­ipal des cimetières en France. Or, ce même principe est perçu comme une condi­tion à celui d’uni­ver­sal­isme répub­li­cain qui est ainsi remis en cause, tout comme notre modèle de laïcité.

La différence de traite­ment des musul­mans dans la mort par la République inter­roge alors ce que l’on nomme leur « inté­gra­tion ». Notion qui, en théorie, selon la défi­ni­tion donnée par le Haut Conseil à l’In­té­gra­tion, a pour objectif de consid­érer les différences de tout un chacun dans le but de les inclure dans « un projet commun » qui invoque, de fait, la partic­i­pa­tion active de la République (sur l’in­té­gra­tion, voir Anne Chemin dans Le Monde).

Ces enjeux d’égalité dans la mort sont d’au­tant plus criants quand l’ex­po­si­tion à celle-ci est déjà inégal­i­taire, d’au­tant plus dans une période de pandémie qui agit alors comme un catalyseur.

Par Anas­tasia Chauchard

Source : AFIOUNI Nada, « Citoyens musul­mans en France et au Royaume-Uni : quelle place dans les cimetières ? », The Conver­sa­tion, 21 janvier 2021

Photogra­phies prises et recueil­lies par Victoria Brotto et Salomé Labé, dans le cadre du terrain encadré par Anaïk Pian au sein de la région strasbourgeoise

Première partie de la galerie (recueillie par Victoria Brotto) : Madame et Monsieur Kail*, leurs deux fils et leur fille ont fuit la Syrie pour le Liban où ils sont restés trois ans en atten­dant leur réin­stal­la­tion en France en 2015. Issus d’une classe aisée, ils vivent, depuis leur départ, un déclasse­ment social et une forte insta­bilité socio-profes­sion­nelles accen­tuée par la pandémie.

A la différence d’autres familles, via le programme de réin­stal­la­tion, ils ont pu obtenir un loge­ment social, un apparte­ment HLM dans le village de Weiler.

Lors du premier confine­ment, la télévi­sion a été parti­c­ulière­ment regardée par les parents afin de progresser dans leur appren­tis­sage de la langue française. En effet, ils ont dû arrêter le cours qu’ils suiv­aient au sein d’une association.

Photo 1 : Monsieur et Madame Kail au Liban.

Photo 2 : Madame Kail et ses deux fils au Liban.

Photo 3 : Une partie de la famille à l’aéro­port Charles de Gaulle, à Paris, lors de leur arrivée en France.

Photo 4 : La chambre des deux fils aînés.

Photos 5 et 6 : Salon de l’appartement.

Photo 7 : La cuisine.

Seconde partie de la galerie (Crédit photo : Salomé Labé): Yasir* a 36 ans et a obtenu le statut de réfugié. Il vit à Stras­bourg dans un studio trouvé avec l’aide de l’as­so­ci­a­tion l’Etage. Il est arrivé en France en 2018 et fait des études d’odontologie.

Passer par l’image est parfois très parlant pour saisir l’en­vi­ron­nement des personnes concernées : ce qui est impor­tant pour elles, comment se perçoivent-elles et veulent-elles qu’on les perçoive, etc. Dans le cadre du confine­ment, c’est donc un outil majeur.

*Les nom et prénom ont été modifiés.

Pour en savoir plus sur l’usage de la photogra­phie en Sciences sociales :

CONORD Sylvaine, « Le choix de l’image en anthro­pologie : qu’est-ce qu’une « bonne » photogra­phie ? », ethno​graphiques​.org, n° 2, 2002 ;

RIOM Loïc, MEYER Michaël, HUMMEL Cornelia, « Une “éthique visuelle” pour les
usages de l’image dans l’enquête en sciences sociales », in Burton-Jean­gros Clau­dine, L’éthique (en) pratique : la recherche en sciences sociales, Genève : Sociograph -
Soci­o­log­ical Research Studies, Univer­sité de Genève, 2017, p. 51 – 70 ;

RIGONI Isabelle, ALI-OUALLA Myriame, « Migration[s] en images. Renou­veler le regard », Revue française des méth­odes visuelles, n° 4, 2020

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