De facto n°10 – 11 | Été 2019

Réfugiés : du Niger à la Dordogne

La migra­tion de refuge de par le monde offre un tableau complexe. On cite souvent les chiffres du Haut-Commis­sariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) : sur les 70,8 millions de personnes déplacées contre leur gré par les guerres, les conflits ou les menaces de persé­cu­tion, 41,3 restent dans leur pays (« déplacés internes ») ; 5,5 sont des réfugiés pales­tiniens reconnus par une agence spéciale et 3,5 sont des « deman­deurs d’asile » en attente de déci­sion. Restent 20,4 millions de déplacés externes, enreg­istrés comme « réfugiés » par le HCR, la plupart dans les pays proches des zones de conflit. Comme l’a rappelé toute­fois un rapport récent des ONG alle­mandes, ces chiffres sont brouillés par le fait qu’une partie des déplacés internes et des réfugiés tentent leur chance en dehors de la filière onusi­enne, soit à l’initiative d’organismes privés, soit en traver­sant les déserts et la mer au péril de leur vie.

Les poli­tiques d’asile, en effet, sont si restric­tives que, parmi les 20,4 millions de réfugiés, le HCR en est réduit à sélec­tionner une infime minorité (autour de 100 000 par an) jugés les plus « vulnérables », dans l’espoir que certains pays accepteront de les « réin­staller » chez eux. Les volon­taires étaient presque toujours anglo-saxons : États-Unis, Canada, Australie, Royaume-Uni… Or cette voie d’accès s’est réduite depuis que Donald Trump a décidé de diviser par trois le nombre de « réin­stallés ». L’Europe doit-elle prendre le relais ? Elle ne s’est pas accordée à ce sujet. Mais de nouveaux pays, comme la France, commen­cent à s’y intéresser.

Les ONG ont beau prendre une part active au processus, elles redoutent que les États ne s’emparent de la procé­dure de réin­stal­la­tion pour priv­ilégier leurs propres critères de sélec­tion et exter­naliser ainsi le traite­ment de la demande d’asile. Elles pointent un risque majeur : que la réin­stal­la­tion ne supplante la voie normale de protec­tion, qui est la demande d’asile régie par la Conven­tion de Genève.

Il faut garder ces débats présents à l’esprit pour prendre la mesure du double reportage mené par Catherine Guil­yardi pour le compte de De Facto, en amont et en aval de la procé­dure de réin­stal­la­tion. Au Niger d’abord, où la France s’accorde avec le HCR pour sélec­tionner une partie des réfugiés à réin­staller. Dans le départe­ment de la Dordogne, ensuite, où les personnes retenues doivent refaire leur vie dans un nouvel envi­ron­nement. De part et d’autre, les chercheurs affilés à l’IC Migra­tions sont présents et livrent leur témoignage. Remise en contexte, paroles des acteurs, analyses des chercheurs : c’est tout cela que De Facto s’efforce de réunir une fois de plus dans le présent numéro.

François Héran, directeur de publication