PUBLI : Aline Angoustures, « Les réfugiés grecs dans les archives de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides », in Maximilien Girard et Claire Béchu (dir.), La France et la Grèce au XXe siècle. Des archives à l’Histoire, École française d’Athènes, 2021.

Résumé

Les travaux exis­tants sur les migra­tions forcées des Grecs tout au long du XXe siècle semblent indi­quer qu’ils ne béné­fi­cièrent pas des statuts inter­na­tio­naux de réfugié ou d’apatride. Afin de docu­menter cette ques­tion, les instru­ments de recherche des archives de l’Ofpra et un échan­tillon aléa­toire des dossiers de Grecs qu’elles conservent, enre­gis­trés entre 1942 et 1980, ont été étudiés. Trois phases de demande de protec­tion, invo­quant les consé­quences de la « Grande Catas­trophe » de 1922, de la guerre civile de 1946–1949 ou du coup d’État de 1967, ont ainsi pu être iden­ti­fiées. L’analyse révèle l’importance de la perte ou de la déchéance de natio­na­lité des exilés origi­naires de Grèce en France, les liens entre les exils des trois périodes et l’octroi de statuts protec­teurs, alors même que les caté­go­ries juri­diques ne semblent guère le permettre. Ce dernier élément montre la souplesse et le prag­ma­tisme du travail juri­dique et caté­go­riel, de même que la façon dont les réfu­giés et les admi­nis­tra­tions ont été des acteurs de l’histoire de l’asile.

Abstract

Exis­ting work on the forced migra­tion of Greeks throu­ghout the 20th century seems to indi­cate that they did not benefit from the inter­na­tional status of refugee or state­less person. In order to docu­ment this ques­tion, we studied the finding aids of the Ofpra’s archives and a random sample of the files of the Greek natio­nals recorded between 1942 and 1980, contained therein. Three phases of requests for protec­tion were iden­ti­fied, the first evoked the conse­quences of the “Grande Catas­trophe”, the huge, forced exchange of popu­la­tions that marked the end of the Greco-Turk war in 1922, the second was the civil war from 1946 to 1949 and the third, the coup d’état in 1967. This analysis reveals the impor­tance of the loss or removal of natio­na­lity from Greek exiles in France, the links between exiles in the three periods and the gran­ting of protec­tive status, when even legal cate­go­ries seemed to make that impos­sible. This last point shows the flexi­bi­lity and prag­ma­tism of the legal and cate­go­ri­zing work that went on, in addi­tion to the way refu­gees and admi­nis­tra­tions played a major part in the history of this exile.